Rouen : l’extrême droite frappe après le cortège, la préfecture renvoie dos à dos
Le 24 octobre, la manifestation contre la vie chère s’est déroulée sans incident pendant près de deux heures, de la place Joffre à la place Saint-Hilaire. C’est après que tout se gâte : des manifestants qui veulent regagner le centre-ville sont bloqués, puis gazés, notamment près de la station Théâtre des Arts. En fin de journée, des affrontements éclatent dans le centre-ville.
Une vidéo publiée par Blast montre des militants masqués, capuches sur la tête, frappant un homme à terre à quelques pas du palais de justice, rue Saint-Lô. Le parquet de Rouen a ouvert une enquête pour « violences aggravées ». Selon l’auteur des images, la police n’est pas intervenue. Le procureur évoque des « affrontements » entre deux « mouvances » qu’il renvoie dos à dos ; le préfet assure avoir dispersé les groupes « sans considération politique ».
La députée insoumise Alma Dufour a signalé à la justice ces « agressions imputées à des groupuscules d’extrême droite », après avoir identifié plusieurs de leurs membres sur les vidéos, parmi lesquels le groupe « Les Normaux ». Le maire de Rouen et la députée socialiste Florence Herouin-Léautey ont de leur côté demandé au Premier ministre la dissolution de groupes d’extrême droite, dont « Les Normaux » et l’Action française. Selon ici Normandie, « Les Normaux » avaient annoncé en juin 2024 une soirée à Rouen intitulée « Ausländer raus » (« les étrangers dehors »).
Il faut s’arrêter sur ce vocabulaire officiel de la symétrie. Renvoyer dos à dos ceux qui défilent contre la vie chère et ceux qui viennent les frapper, c’est déjà prendre parti : celui de l’ordre, contre le désordre que serait toute contestation. Le préfixe « ultra », qui fait des groupes violents une marge détachée d’une extrême droite devenue fréquentable, participe de la même opération : il n’y a pas d’« ultradroite », il y a l’extrême droite, dans ses costumes et dans ses cagoules. Fanon notait que le colonisé apprend très tôt de quel côté se tient la police. Ceux qui se font gazer en rentrant chez eux pendant que d’autres cognent un homme au sol sont en train de l’apprendre, rue Saint-Lô.
Sources
- Mobilisation du 24 octobre : une enquête ouverte à Rouen après une vidéo virale de violences de l'ultradroite (nouvel onglet)
ici.fr
- Mobilisation du 24 octobre : manifestants gazés, tensions avec des militants identitaires, que s'est-il passé à la fin du cortège à Rouen ? (nouvel onglet)
France 3 Régions
- Manif du 24 octobre à Rouen : après des violences de « membres de l’ultradroite », des élus LFI saisissent le procureur (nouvel onglet)
Ouest-France
- Mobilisation du 24 octobre : de Nice à Rouen, des groupuscules d’extrême droite violents ont déferlé dans les rues (nouvel onglet)
Le Monde.fr
- Mobilisation du 24 octobre : le maire de Rouen saisit la justice après une vidéo de projectile policier explosant près d’enfants (nouvel onglet)
Le Parisien