Raffinerie de Normandie : 10 milliards d’euros de bénéfices en six mois, et la grève pour 200 euros
La grève lancée par la CGT de TotalEnergies pour l’emploi et les salaires a été reconduite le 9 octobre à la raffinerie de Normandie, près du Havre, la plus grande de France, ainsi que dans une vingtaine de stations-service du groupe. Les expéditions de carburants « sont toujours bloquées », par camions comme par pipeline, selon Eric Sellini, coordinateur CGT ; côté pétrochimie, les chargements de wagons de propylène et d’éthylène sont stoppés. La direction, elle, compte « 12 grévistes ».
La CGT décrit des effectifs « sous tension », des « départs non remplacés », un « recours massif » à l’intérim, aux « CDD à répétition » et à la sous-traitance, avec des conséquences pour la sécurité des sites. Elle réclame 200 euros d’augmentation mensuelle « pour toutes et tous » et un salaire de base minimum à 1,2 Smic. La direction a annoncé une avance de 1 000 euros sur la prime annuelle ; l’appel à la grève a été maintenu.
Bénéfice net de TotalEnergies au premier semestre : 11,2 milliards de dollars, environ 10 milliards d’euros, en hausse de 73 % sur un an.
Qui paie la vie chère
Le contexte est celui de la guerre au Moyen-Orient et du plafonnement des prix des carburants, qui a provoqué une ruée dans les stations. Les salariés des stations Argedis, « en première ligne » face à l’afflux, réclament une revalorisation. Pendant ce temps, le groupe affiche une progression de 73 % de ses profits. Il n’y a pas de mystère de la vie chère : il y a des chiffres, et ils disent où va l’argent.
Au Havre comme ailleurs, ce sont toujours les mêmes qui tiennent les installations dangereuses, comblent les postes non remplacés et encaissent l’intérim. La grève est l’un des rares moments où cette réalité redevient visible, quand ce qui ne s’arrêtait jamais s’arrête. C’est aussi pour cela qu’elle dérange autant.