Lycéens gardés à vue à Rouen : « On est là pour faire peur aux mineurs »
Depuis le début du mouvement lycéen, des dizaines de mineurs sont passés par les cellules du commissariat central de Rouen. Maître Elie Montreuil, avocat spécialisé dans la défense des mineurs, en a assisté plusieurs : des jeunes de 14 à 17 ans, tous inconnus des services de police. « C’était leur première garde à vue. »
Ce qu’il décrit à France 3 est précis. D’ordinaire, une alternative aux poursuites, un stage, une mesure de réparation, se notifie par simple convocation, des semaines plus tard. Ces dernières semaines, des mineurs promis à une telle mesure ont eu droit à « l’arsenal complet » : nuit en cellule, transfert au tribunal le lendemain, pour s’entendre dire par un délégué du procureur, qui n’est pas magistrat, ce qu’un courrier aurait suffi à leur annoncer.
« J’ai l’impression qu’on est là pour faire peur aux mineurs. Il n’y a aucune logique à les faire attendre en garde à vue autre que ça. » (Maître Elie Montreuil)
La nuit en cellule ne sert pas l’enquête, close à 17 h ; elle sert la leçon. C’est la vieille fonction de la peine que décrivait Surveiller et punir : moins sanctionner un acte que marquer des corps et instruire des esprits. Une génération qui découvre la politique en bloquant son lycée apprend en même temps ce que coûte la désobéissance. C’est exactement le but.