Caen : pour la CGT, l’interdiction de manifester est « un échec total »
Le 24 octobre, la préfecture du Calvados avait interdit de manifester dans le centre-ville de Caen. Entre 8 000 et 10 000 personnes ont défilé quand même contre la vie chère. Deux jours plus tard, sur ici Normandie, Allan Bertu, secrétaire général de la CGT du Calvados, tire le bilan.
« La doctrine de maintien de l’ordre imposée par la préfecture, avec l’interdiction de la manifestation à Caen, est un échec total. Nous l’avions dit au préfet. » (Allan Bertu)
Pour le syndicaliste, les organisations étaient « en capacité de pouvoir organiser une manifestation pour le plus grand nombre, pacifiquement », et elle « s’est bien passée ». Il assume d’avoir bravé l’arrêté : « J’aurais assumé aujourd’hui d’être condamné pour avoir organisé une manifestation interdite. On ne répond pas par la sanction aux revendications qui sont exprimées depuis plusieurs semaines. » Et de conclure : « Ce gouvernement joue la carte répressive plutôt que de répondre aux revendications. »
Une intersyndicale devait se réunir à Caen pour préparer un nouveau rassemblement contre la vie chère, « toujours en soutien, pas à la place des citoyens », et la CGT appelle à une large mobilisation intersyndicale le jeudi 5 novembre.
Désobéir pour que le droit existe
Un responsable syndical qui déclare publiquement qu’il aurait accepté d’être condamné pour avoir organisé une manifestation : la phrase devrait alarmer bien au-delà de Caen. Elle dit qu’en France, en 2026, exercer un droit constitutionnel suppose désormais d’en accepter le prix pénal. L’exception est devenue la routine : on interdit d’abord, on discute ensuite, et la rue paie l’addition.
Cette pente devrait inquiéter. Qu’on imagine l’extrême droite aux commandes : elle trouverait un arsenal déjà rodé, arrêtés d’interdiction validés par le juge, amendes, interpellations préventives, et n’aurait qu’à s’en servir plus souvent. C’est pourquoi le geste des syndicats caennais compte : en défilant malgré l’interdit, ils ont rappelé que la liberté de manifester ne se conserve qu’en s’exerçant.