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Insoumis normand
Police et justice

Rouen : une grenade policière explose aux pieds d'un enfant, enquête ouverte

Par G.J

Samedi 24 octobre, vers 17 heures, en marge de la manifestation contre la vie chère à Rouen, un policier a lancé un projectile qui a explosé aux pieds d'une femme entourée de trois enfants. Sur les vidéos consultées par l'AFP, on voit un motard casqué, siglé « Police », dégoupiller et jeter quelques mètres devant lui, dans une rue calme du centre-ville. Selon Ouest-France, il s'agit d'une grenade lacrymogène, lancée à proximité d'enfants de 5 à 13 ans. La famille rentrait d'une balade à pied et « ne participait pas à un rassemblement ».

Une enquête judiciaire a été ouverte par le procureur de la République de Rouen, a confirmé la préfecture de Seine-Maritime à l'AFP. Selon Ouest-France, l'auteur du tir a été identifié et l'enquête devra dire s'il était justifié ou non. Mardi 27 octobre, la députée insoumise de la 4e circonscription de Seine-Maritime, Alma Dufour, a saisi la justice au titre de l'article 40, pour ces faits comme pour « des usages disproportionnés de la force et des agissements illégaux de fonctionnaires de police » (Alma Dufour), parmi lesquels des interpellations de street medics, ces bénévoles qui soignent les blessés en manifestation. La veille, le maire de Rouen avait écrit au procureur : « Aucune situation de trouble à l'ordre public n'était apparente et ne justifiait l'utilisation de ce projectile à ce moment précis » (Nicolas Mayer-Rossignol). La mère de famille a déposé plainte contre X.

Tirer d'abord, justifier ensuite

Tout, dans cette scène, dément la logique du maintien de l'ordre telle que le droit l'écrit encore : pas d'attroupement, pas d'affrontement, une famille qui traverse une rue calme. Quelques passants la précèdent, certains en capuche et masques chirurgicaux, qui semblent avoir participé à la manifestation, selon la description de l'AFP. C'est là le cœur du problème : le projectile ne vise plus un trouble, il vise un périmètre. Avoir défilé, avoir croisé le cortège ou simplement se trouver là suffit à entrer dans la zone de tir. Un enfant de 5 ans s'y trouvait par hasard ; la grenade, elle, n'a rien d'un hasard.

La suite est à l'avenant. Ni le procureur ni la préfecture n'avaient répondu aux sollicitations de l'AFP mardi après-midi, note Le Parisien. Et il a fallu que les images circulent massivement sur les réseaux sociaux pour que la machine judiciaire s'ébranle : sans vidéo, l'explosion aux pieds d'un enfant serait restée une ligne dans un rapport, voire rien du tout. Quant à la question posée par l'enquête, savoir si le tir était « justifié », elle mesure le déplacement des lignes : on n'interroge plus la présence d'une arme de dispersion dans une rue où il ne se passe rien, on cherche seulement si ce tir-là pourra se défendre.

Menotter ceux qui soignent

Le signalement d'Alma Dufour ne s'arrête pas à la grenade. Il vise aussi des interpellations de street medics, on voudrait savoir à qui profite l'arrestation d'un soignant en manifestation : elle ne sécurise personne, elle dissuade. Elle dit à chacun que porter secours aux blessés peut mener au poste.

L'autre violence, dispersée « sans considération politique »

Le même 24 octobre, à Rouen, une autre violence s'est jouée. Une vidéo publiée par le média Blast montre plusieurs militants nationalistes frappant un homme à terre à l'issue de la manifestation, à quelques pas du palais de justice ; le parquet a ouvert dimanche une enquête pour violences aggravées, rappelle Le Parisien. Selon l'auteur des images, la police n'est pas intervenue. Le préfet, lui, assurait avoir dispersé les groupes « sans considération politique ».

Le signalement d'Alma Dufour porte également sur ces « agressions imputées à des groupuscules d'extrême droite » (Alma Dufour) : l'élue dit avoir identifié plusieurs de leurs membres sur les vidéos, parmi lesquels le groupe Les Normaux, dont la dissolution a été réclamée lundi par le maire de Rouen auprès du Premier ministre. Le phénomène déborde la Seine-Maritime : le même jour à Montpellier, des violences imputées à des militants d'extrême droite ont conduit la préfète et le maire à saisir le procureur, rapporte BFMTV, et le ministre de l'Intérieur a lui-même confirmé la présence de tels militants violents dans les manifestations du 24 octobre.

Voilà l'asymétrie : pour les familles et les soignants, la grenade et les menottes ; pour les bandes nationalistes, une dispersion polie. L'extrême droite n'a pas besoin d'être aux commandes pour frapper : il lui suffit des renoncements et des complaisances de ceux qui administrent l'ordre. Si ces groupes trouvaient un jour des relais au sommet de l'État, rien de ce qui s'est vu rue après rue le 24 octobre ne leur ferait obstacle. Les dissolutions existent dans les textes ; encore faut-il une volonté politique pour les prononcer. Celle-ci ne se décrète pas, elle se construit, et elle commence par nommer les violences à leur juste place.

Sources

  1. Mobilisation du 24 octobre : une enquête ouverte après un jet de grenade policière près d'un enfant (nouvel onglet)

    TF1 Info

  2. VIDÉO. Mobilisation à Rouen : un policier jette une grenade lacrymogène à proximité de deux enfants (nouvel onglet)

    Ouest-France

  3. Mobilisation du 24 octobre : le maire de Rouen saisit la justice après une vidéo de projectile policier explosant près d’enfants (nouvel onglet)

    Le Parisien

  4. Fil actu : actualités du jour, en direct et en continu - BFM (nouvel onglet)

    BFMTV