À Cherbourg, la solidarité avec la Palestine s’invite devant Carrefour
Le samedi 10 octobre, plusieurs dizaines de personnes se sont rassemblées place Jacques-Hébert, à Cherbourg-en-Cotentin, à l’appel de l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) Cotentin et du collectif Palestine Manche. Le lieu n’a pas été choisi au hasard : l’enseigne Carrefour du centre commercial des Eléis, accusée par les organisateurs de soutenir la colonisation israélienne.
Les militants ont d’abord salué Navi Pillay, distinguée la veille par le prix Nobel de la paix selon actu.fr, qui a présidé une commission d’enquête indépendante de l’ONU ayant accusé Israël de commettre un génocide à Gaza. Hervé Jubin, président de l’AFPS Cotentin, a critiqué le discours de Benyamin Netanyahou à l’ONU fin septembre. Le collectif estime que le « régime colonial israélien continue de bénéficier d’une impunité internationale » et réclame la suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, ainsi que des poursuites contre les criminels de guerre.
« Carrefour est complice du régime israélien puisqu’ils ont envoyé des colis alimentaires à l’armée. » (Hervé Jubin, AFPS Cotentin)
La réponse de Carrefour mérite aussi une lecture attentive. L'enseigne ne conteste pas être présente en Israël : elle précise que la marque y est exploitée via un contrat de franchise, par une « entreprise indépendante », et que « ce contrat exclut la présence de magasins et de produits Carrefour dans les territoires occupés ». C'est exactement ce que le boycott met au jour : une multinationale peut profiter d'une économie tout en se déclarant étrangère à ce qui la fait fonctionner. La neutralité revendiquée est elle-même une position : quand un État est accusé de génocide, y faire des affaires comme si de rien n'était n'est pas une abstention, c'est un choix. Reste le désaccord brut : Hervé Jubin parle de « colis alimentaires » envoyés à l'armée, Carrefour assure que son franchisé n'apporte « aucun soutien matériel à l'armée ». L'article d'actu.fr rapporte les deux versions sans les départager ; on retiendra surtout que la question ne se poserait pas si la marque n'était pas là-ba
Nommer, encore
Ce qui se joue devant un supermarché du Cotentin, c’est la bataille des mots. Colonisation, occupation, génocide : des termes que l’on a longtemps tenus pour militants et que des instances internationales emploient désormais. Les historiens de la Palestine l’ont montré : l’effacement d’un peuple commence par l’effacement du vocabulaire qui permet de dire ce qui lui arrive. Rassembler quelques dizaines de personnes un samedi matin pour le redire, c’est refuser cet effacement.
Chaque rassemblement maintenu est aussi une manière de défendre une liberté qui ne se divise pas.