À Cherbourg, des lycéens manifestent malgré l’interdiction, la trousse de secours dans le sac
La veille au soir, un arrêté préfectoral avait interdit les rassemblements dans quatre centres-villes de la Manche. Le samedi 24 octobre, dès 10 heures, de nombreux Cherbourgeois se sont pourtant retrouvés devant l’hôtel de ville. Fouille des sacs à l’entrée, cortège encadré par les forces de l’ordre : en tête, des lycéens, malgré les vacances, rejoints par des étudiants, des syndicats et des familles.
« Nous sommes présents pour continuer ce que nous avons commencé le 17 octobre et surtout être là pour défendre notre liberté fondamentale de manifester, alors que l’on essaye de nous empêcher de nous exprimer. » (Amaury, lycéen à Millet)
Anaé, étudiante en graphisme en alternance à Cherbourg, est venue « apporter [son] soutien face à ce trop-plein général » : « En tant qu’étudiantes, on galère, on n’a pas de moyens, et le mouvement lycéen a permis à tout le monde de se réveiller. » Abigaëlle, en BMA ébénisterie à Caen, venue avec son père, redoute « des solutions avec de la poudre aux yeux pour calmer le mouvement ».
Maëlys, en première au lycée Victor-Grignard, avait révisé les gestes de premiers secours. Dans son sac : pansements, bandages, désinfectant, sérum physiologique, masques chirurgicaux. « Même si ce matériel est interdit, j’ai choisi de le prendre quand même pour venir en aide aux personnes pouvant, par exemple, être asthmatiques en cas de présence de gaz lacrymogène. » Les jeunes étaient moins nombreux que la semaine précédente. « Il y a une énorme peur », explique Adèle, lycéenne à Alexis-de-Tocqueville : « J’ai plusieurs amis qui ne sont pas venus, ayant peur des conséquences, que ce soit de se faire gazer ou encore d’aller au commissariat. »
Gouverner par la peur
Des adolescents qui apprennent à soigner des asthmatiques gazés avant d’aller défendre leurs revendications : l’image dit tout de l’époque. Le maintien de l’ordre ne se mesure pas seulement aux grenades tirées, mais à ceux qui ne viennent plus. La peur du gaz, du commissariat, du casier, fait le travail de dispersion avant même que la manifestation commence. C’est une discipline qui s’exerce à distance, sur les corps absents.
Et pourtant ils étaient là. La lycéenne qui glisse dans son sac un matériel « interdit » pour protéger les autres pratique la forme la plus élémentaire de la solidarité : prendre soin, quand l’État choisit de faire peur. Qu’un gouvernement d’extrême droite s’installe, et c’est cette jeunesse, déjà fouillée et déjà gazée, qu’il trouverait en face de lui. Il faudra qu’elle ne soit pas seule.